Interview du réalisateur
Henri GRANIER


- Henri, peux tu nous dire comment est venue l'idée de faire un reportage sur Les Charitables de Béthune-Beuvry?
« J'ai vécu toute mon adolescence à Béthune, ce qui pourrait être une explication, mais ce n'est pas seulement ça. Ma mère, Renée, est partie bien trop tôt, dans ma vie, comme dans la sienne en fait... Selon la tradition, elle a été mise en terre par Les Charitables. À l'époque, les quelques Charitables qui subsistaient, étaient plus connus, il faut bien le dire, pour leur manque de « sobriété » ... Depuis, les choses ont changé.


- Justement peux-tu nous dire ce qui a changé par la suite dans la Confrérie?
C'est le Mayeur Michel VAILLANT qui a eu l'idée, en 1974 (il ne veut pas dire qu'il a été dirigé par St Eloi... mais pourquoi pas?) de servir une fois par semaine plutôt que de signer pour 2 ans.
Les gens ne pouvaient plus se permettre de servir la confrérie tous les jours. Il a réussi de faire accepter son idée. « Cela ne c'est pas fait sans mal, vu l'opposition des anciens charitables. Le plus jeune à l'époque avait 80 ans, il n'en restait que 6/7 en 1970. Une idée très simple qui a permit de faire venir les volontaires, et qui fait qu’aujourd’hui (en 1987), la confrérie compte plus de 50 charitables en service.» nous dit-il dans le reportage
Le Prévôt de Béthune Jacques LENNEL de surenchérir : « Cela a redonné une dynamique à la confrérie, car vous n'êtes pas sans savoir que les retraités, sont probablement les personnes les plus occupées dans la société... et nous avions de plus en plus de mal à recruter des retraités »
Depuis l’instauration de ce système, tout le monde peut devenir Charitable, pas besoin d'être à la retraite. Dans leurs rangs d'ailleurs des jeunes hommes sont fiers d'y participer.


- Revenons à ta raison de faire ce reportage?

Oui, je dois préciser que quelques années plus tard, mon père André, est devenu un Charitable...il a été "Cheri" en 1986 c'était un fervant participant.
À l'époque, j'étais Reporter-photographe à Paris. Quand mon père m'a dit que les Charitables allaient avoir 800 ans. je me suis dis: qu'il y avait là un vrai sujet... Avec des ami(e)s free-lance de la Télé qui trouvaient l'idée enthousiasmante, nous avons décidé de faire un documentaire vidéo... En se servant de la « fête à Naviaux » de 1987 comme support, et voilà, nous l'avons fait...


- Comment ton documentaire a été perçu par la Confrérie?

Le jour de la projection, il y avait foule dans la petite salle de la Confrérie, c'était plutôt sympa. Tout le monde était heureux, joyeux comme le sont les Charitables. La presse locale était présente. Le film eu droit à un tonnerre d'applaudissements... beaucoup de questions des journalistes locaux... et des commentaires, je dirai « dithyrambiques » sur le sujet... de la part des participants et des «instances dirigeantes » de la Confrérie. Ce soir là, tout le monde laissait parler son cœur.


- Apparemment ce fut un beau succès, pourquoi alors ton documentaire, ne ressort que 27 ans plus tard sur Internet... un petit peu avant la fête à Naviaux de 2014 ?

Les jours qui ont suivi, une indifférence polie a vu le jour. Certaines personnes hautement placées dans la région, n'ont probablement pas apprécié, le fait que j'ai eu l'idée... qu'elles n'ont pas eu... Toujours est-il que la suite ne fut jamais tournée, car il devait y avoir une suite dés l'année suivante, pour le 800eme anniversaire. Mon équipe n'a pas voulu partir en « Guerre ». Comme j'étais, et je suis toujours, un homme de Paix, je n'y suis pas allé non plus.
Aujourd'hui en mettant le premier documentaire réalisé sur les Charitables sur Internet, j'espère offrir aux enfants de Béthune-Beuvry la joie et l'émotion de revoir et entendre ses vieux.


- Il ne doit pas resté beaucoup de tes « figurants »?

Effectivement... je n'y avais pas pensé... mon père, déjà, n'est plus là... c'est certain...

 

 


"Chéri" André Granier , Charitable de Béthune